Nation & Cité

… sont des mots qui vont très bien ensemble … ou non … Si certaines offres de citoyenneté fondent une nation, si d’autres la conservent, il en est qui la mutent jusqu’à la destruction. Toutefois, cette distinction triplice théorique ne saurait structurer les différentes manières d’offrir la citoyenneté.  Qui – hormis les neuneus du jeu de paume – dira officiellement qu’il veut changer radicalement une nation ? Du reste, en la “re-générant”, il en fondera finalement une autre, même s’il ne le dit pas, même s’il est assez bête pour ne pas s’en rendre compte, ou assez vicieux pour que le peuple ne s’en aperçoive pas, ou si tard qu’il doive verser de la sueur, du sang ou des larmes, voire les trois, pour tenter de réparer les effets.

De ce point de vue, la division pratique adéquate serait plutôt : les offres de citoyenneté qui fondent librement une nation ou amendent librement sa fondation ; celles qui la prolongent telle qu’elle a été fondée ; celles que le respect de l’humanité oblige la cite nationale à ajouter à cela, même si la fondation de la nation en est quelque peu altérée.

Mais au commencement …

Birth of a nation

 “Quand, dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l’ont attaché à un autre et de prendre, parmi les puissances de la Terre, la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect dû à l’opinion de l’humanité oblige à déclarer les causes qui le déterminent à la séparation.”

Cette déclaration d’indépendance des Etats-unis d’Amérique invoque un droit de se détacher de la Grande-Bretagne, mais “les causes qui le déterminent à la séparation” sont des griefs qu’un vassal aurait pu invoquer pour se séparer de son suzerain : tout le reste liste les méchancetés de Georges III contre les colonies américaines. Cette déclaration plaque une idée moderne sur une conception bien plus ancienne et profonde. La seule raison positive invoquée de se détacher n’est pas développée, et pour cause : les deux peuples n’en formaient qu’un à l’époque – même “sang”, langue et Droit –  mais en deux installations séparées par un océan qui rendaient illusoire une cite nationale commune, donc une cite fournissant protection commune. En politique, il y a pire qu’un suzerain qui maltraite son vassal, et c’est un suzerain inutile : quand la Catalogne demanda à Hugues Capet son aide militaire, il répondit qu’il ne pouvait pas venir, et le contrat féodal fut rompu de plein droit.

La naissance des Etats-unis montre une nation qui en suscite finalement deux parce que la protection commune s’avère irréaliste par rupture territoriale, tandis que la naissance du Peuple Romain est l’exemple, certes mythifié mais à la perfection, d’une seule nation naissant de plusieurs, par la mise en place d’une défense commune, possible a priori en raison de la forte connexité territoriale.

C’est aussi le cas de la Suisse, et l’on sait, au moins, comment la chose s’est faite, et elle existe encore pour quelque temps, j’espère …. Hélas, pour des Français trépanés à l’école de la Stroumpfette, la Suisse, contrairement à ce Peuple Romain qu’il ne connait que par ces peplums mis à la mode au Directoire, ne devrait pas exister, qui ne possède pas les caractéristiques de ce que cette révolution dite française a appelé une nation. C’est que cette révolution a aussi inversé le sens de toute la réalité politique. Le territoire n’est pas un attribut juridique de la nation, conséquence de son existence préalable, mais c’est au contraire la réalité de la protection d’un territoire commun qui maintient la possibilité de la nation durant toute sa vie. Et ce n’est pas plus la langue commune qui fait la nation, mais la nation qui vit une geste de protection commune, qui sera dite dans une langue commune ou plusieurs, synchroniquement ou diachroniquement. Si l’on s’en tient aux critères mariannesques, la “nation du coin” avait été remplacée par une autre entre le XIe et le XVIIIe, puisque les Français du XVIIIe n’aurrait pas compris ceux du XIe récitant la chanson de Roland ! Et a fortiori, s’ils avaient lu Grégoire de Tours, racontant le début de l’épopée franque dans son latin “à lui”. Or, moi et quelques autres (tout de même), maintenons que c’est bien de la même nation dont il s’agit entre Clovis et Louis XVI, parce que ce sont les mêmes gens, poursuivant la même histoire de protection commune d’un même territoire, et que ses langues diverses et mutables ne sont qu’un épiphénomène dans la vie du Peuple de France en tant que noumène.

Au commencement d’une nation qui ne se serait pas faite par simple clonage, il y a bien certaines gens mais pas de « territoire national » : une portion de terre à elle exclusivement reconnue par les autres nations, “pour faire et valoir ce que de Droit”.  Par la suite, une “nation”ne se maintient que par la protection commune de son territoire contre l’invasion des autres nations. Mais qui dit protection commune dit action commune, et le propre du niveau national de la Cité est de mettre en oeuvre cette action là.

Tout commence avec une histoire de frontière à tracer proprement par celui qui joue le rôle du Romulus du mythe, et tout doit finir salement avec un ultime Romulus de chair et d’os qui se volatilise sans laisser de trace – autre que poétique. Rome, cette Ville dont le Peuple avait pour conscience son Sénat, cette formidable machine à dominer le Monde, est tombée de l’impossibilité de garder les frontières du territoire qu’elle s’était conquis. Et si Byzance, son clone, lui a survécu dix siècles, c’est qu’elle s’est concentrée sur des frontières bien plus tenables et en minimisant l’appel à ces auxiliaires dont la loyauté était proportionnelle au salaire. Quand la vraie Rome n’eut plus ni or ni terre à leur abandonner, les Germains abandonnèrent Rome.

Au commencement, l’Imperium Romanum Holding était pourtant fort bien conçu : le Sénat contrôlait mentalement la Ville et la Ville contrôlait physiquement le Monde. A la fin, avec son Sénat gâteux et son César pré-pubère, Rome n’était plus que l’intermédiaire inutile entre les Germains qu’elle embauchait comme protecteurs supplétifs, et tous les Gens de son empire, soi-disant citoyens pour quelques uns et massivement esclaves pour les autres, qu’ils étaient sensés protéger. Le Cirque avait assez duré, et il se pourrait même que le prix à payer pour la protection des nouveaux maîtres, par la masse des “Romains” dont ils avaient hérités, ait diminué, dans cette opération de désintermédiation massive.

Quand la fiction de la Cité n’a plus rien à voir avec la réalité de la Nation, la Cité s’écroule au moindre choc. Du seul point de vue national, il importe peu que la protection soit assurée par tous les mâles disponibles ou réservée à une classe. Ce qui compte est que cette fonction soit exercée par des nationaux. Du reste, pas plus Rome qu’Athènes ne pouvait vivre sans leurs esclaves ou leur plèbe, de sorte que leur modèles politiques sont, dès le départ, des fictions nationales. Ce n’est donc pas à titre de modèles mais de leçon que nous les considérons ici, parce que nous ne voulons pas d’une Ville qui vampirise le Monde à l’entour, mais d’une union intime de Gens où ceux qui prient, ceux qui protègent et ceux qui produisent, le font de bon cœur, les uns pour les autres.


Fondation de la nation et offre extraordinaire de sa citoyenneté

Au commencement donc, c’est une affaire tribale, de quelque manière qu’on le prenne : soit des conquérants se reconnaissent mutuellement dans l’acte de conquête – tels ces gens rassemblés par Romulus, dont on ne sait pas trop d’où ils viennent, et qui forment la première tribu des trois – et/ou dans le fait d’accepter d’être conquis.

Il en est de la pénétration des peuples par d’autres comme de celle de l’ovule par le spermatozoïde: ça ne marche pas à tous les coups, mais dès que l’un réussit, l’ovule se ferme aux autres. Cette analogie a ses limites, car c’est le corps pénétrant et pas la seule chimie, qui maintient mécaniquement l’enveloppe de l’ovule national ainsi fécondé, mais on comprend qu’un Français doive raconter franchement cela, en contrepoint du mythe romulien qui aplanit cette dissymétrie originelle.

Après cela, l’extension féodale suppose au contraire l’existence d’un territoire, et consiste à prendre tous les gens qui y vivent, en s’assurant qu’ils soient à peu près d’accord. Ce ne fut pas souvent le cas dans l’histoire. Mais à celui qui contesterait les chambres de réunion de Louis XIV qui brassaient des tonnes de paperasse pour justifier a posteriori la réunion de l’Alsace à la Couronne de France, on opposera l’activité encore plus unilatérale de Bismarck et de Monsieur Thiers. Les Alsaciens du XVII étaient partagés entre ce saint-empire maladif et ce royaume fanfaronnant, mais ceux du XIXe ne l’étaient plus, et nul n’avait dénié leur demander leur avis, ni même fait semblant, au sujet de leur “retour” au Reich ressuscité, prélude brouillon au mal-saint empire que l’on sait. La seule délicatesse de Bismarck avait été de laisser partir d’Alsace, sous un an, ceux qui voulaient rester Français. Pour fêter ces joyeuses retrouvailles germaniques, les Prussiens envoyèrent les autres, en 14, se faire préférentiellement tuer sur le front de l’Est afin de repeupler l’Alsace avec des Allemands moins douteux. Et quand, plus tard, l’abominable homme des Alpes refit le coup de l’annexion, on sait comment certains Alsaciens furent invités à faire, “à l’insu de leur malgré eux”, leurs preuves dans la SS.

Le peuple de la commune, du pays ou de la région réunie d’une part, la nation accueillante d’autre part, doivent donc manifester un fort et sincère soutien à l’union envisagée – si les Français étaient en réalité indifférents à l’Alsace qu’ils ne connaissaient pas vraiment, les Prussiens, quant à eux, ne furent jamais sincères parce qu’ils la connaissait mieux, sauf peut-être l’inénarrable Guillaume II, ce qui est assez drôle … si l’on veut.

Les frontières ainsi posées, ou déplacées, on peut bien envisager d’y faire entrer de nouvelles gens, dans l’absolu. Mais on change alors formellement encore la collection des gens qu’est la nation. Ainsi, même l’étranger qui a combattu vaillamment, la citoyenneté ne saurait lui être offerte sans décision extraordinaire.

Faire combattre des Sénégalais “pour la France” était une ignominie, vu qu’aucun des décideurs ou applaudisseurs n’aurait voulu donner la main de sa fille au dit Sénégalais qu’il envoyait se faire tirailler à sa place. Ce pacte était d’une ignoble fausseté, et on aura beau jeu d’opposer dans cette affaire les exactions des Allemands contre les prisonniers noirs à la soi-disant générosité préalable des Français envers ces mêmes. Le meurtrier est assurément celui qui plante le couteau dans la victime désarmée, mais celui qui la lui offre en l’emberlificotant est tout aussi criminel.

Quand Bush offrit la citoyenneté US aux sud-américains en situation irrégulière (mais qui ne l’est pas ?) s’ils s’engageaient pour sa guerre, l’acte n’était pas ignominieux en soi (la guerre en question, c’est autre chose), mais un acte fondateur qui, si l’on s’en tient à la thèse défendue ici, aurait eu lieu d’être validé par un jury de citoyenneté.

Le fait est que, deux siècles après que le peuple des Etats-unis ait pris “la place séparée et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit”, la nation est encore en fondation, et que l’immense majorité des ses citoyens n’y trouvent rien à redire. En comparaison, après la fondation du Royaume des Francs, les Normands et les Gascons y pénétrèrent en force, et il y eurent leur importance historique. Mais ils ne chamboulèrent pas la composition ethnique : il y eut un peu plus de sang germanique en Neustrie et un plus de sang gasco-ibérique en Aquitaine. Au contraire, on a bien vu aux Etats-unis la transformation d’une nation britto-néerlandaise en une autre où ce noyau est minoritaire, bien que non encore dissout du fait de la double barrière religieuse et raciale. Vous pouvez toujours trouver deux bonnes raisons d’adjoindre des étrangers à votre nation, et cependant, il vous en reste deux autres raisons excellentes de repousser l’adrogation qui vous en faite par quelque consul, ainsi qu’il vous le demande.

Comprenez qu’adjoindre à votre nation un homme très courageux et/ou productif pour ces seuls motifs, c’est aussi vous adjoindre ses descendants qui n’ont aucune raison d’être plus courageux ou productifs que la moyenne !  L’excellence n’est pas héréditaire. L’argument raciste serait d’ailleurs que toute compétence ou vertu l’est, mais ce n’est même pas celui invoqué ici. Le double question cruciale est bien : donneriez vous volontiers votre fille (fils) à cet homme (cette femme) ou à ses descendants, et le pourriez-vous sans problème si vous le vouliez ?  Si une forte minorité de votre jury répond négativement, dans son fors intérieur, à une des deux questions, ce serait fausseté que d’offrir finalement la citoyenneté à cet étranger, pourtant très méritant et/ou plus qu’utile.

Maintenant, comprenez aussi que transformer ces questions intimes en des critères externes formels est irrationnel : pour l’ethnie dès le départ, pour la religion à l’arrivée. Comment empêcherez vous celui qui entre avec une religion qui vous agrée d’en changer pour une qui vous répugne ? Le priverez-vous alors de sa citoyenneté ? Quant à l’ethnie, non seulement les préférences peuvent être différentes au sein d’une même nation, mais je ne sais pas définir scientifiquement l’appartenance à une ethnie ! Je  constate, dans une population plutôt homogène, un type moyen et un écart-type – avec d’ailleurs différentes options mathématiques – de sorte que je sais définir une distance de tout individu à ce type moyen, mais ça s’arrête là. Tel est d’ailleurs le résultat des tests génétiques proposés aujourd’hui dans le commerce, et ils n’utilisent pas le niveau national, tant les nations européennes se recouvrent avec leurs voisines.

Ces réflexions décevantes nous donnent malgré tout des indications sur la manière de constituer un jury de citoyenneté, ceux qui lui feraient des propositions, et les ingrédients d’un dossier de candidature, sachant toutefois que ce jury pourrait bien demander n’importe quelle information sur chaque candidat, dont  “la race et la religion”.… Libre à vous, donc, si vous deveniez juré, de demander à certains de venir réciter la chanson de Roland ou d’entonner je ne sais trop quel hymne, avant de vous prononcer …

L’organisation envisageable : un jury de citoyenneté permanent pour chaque pays, un pour chaque région, un pour la nation, chacun composé de 24 jurés avec 6 à 24 suppléants, – l’identité restant secrète ? -, et convoqués à des jours prévus d’avance. Pour qu’ils se forment graduellement à cet art difficile, les 6 premiers suppléants d’un jury, ordre issu du tirage au sort, viendraient obligatoirement à ses sessions mais sans voter, les suppléants suivants participant librement. Quand X jurés manqueraient dans un jury, temporairement ou définitivement, les X premiers suppléants prendraient leur place.

Le renouvellement : quand les suppléants d’un jury ne seraient plus que 6 (initialement 0), on retirerait au sort 18 personnes (init. 46) dont 2 au plus (init. 4) pourraient être récusées par le procureur correspondant, ceci afin que le pouvoir de récusation cumulé des procureurs aux trois niveaux n’excède jamais 1/3. Pour un jury de pays, le lot serait tiré au sort parmi les citoyens volontaires, sans que plus de X% soient du même canton. Pour les deux niveaux supérieurs, on tirerait au sort le lot parmi les Y plus anciens jurés du niveau inférieur, en transposant au mieux la contrainte de répartition.

La procédure : les candidats à la citoyenneté seraient présentés au jury d’un niveau par le procureur de ce niveau ; l’acceptation requerrait 17 jurés favorables, soit juste plus de 2/3 ; un candidat retenu serait alors présenté au niveau supérieur par le procureur correspondant (même s’il objecte à sa candidature) ; lequel pourrait aussi proposer un candidat non présenté voire refusé au niveau inférieur sous réserve d’en informer le jury. Quoi qu’il en soit de ces facultés, les procureurs n’auraient jamais le dernier mot bien qu’ils aient eu le premier, et l’ensemble constituerait un filtre rude, la raison même de son institution.

Vu que l’idée est plutôt neuve, il s’agissait de la détailler un peu. Mais neuve, elle ne l’est pas tant que ça. A Athènes, les offres de citoyennetés ordinaires mais litigieuses (filiation partielle) ou extraordinaires, étaient soumises à l’ecclésia, l’assemblée de tous les citoyens. A part ça, nul ne devenait citoyen athénien s’il n’avait été solennellement reconnu avant cela dans un certain dème  – par la filiation paternelle du dème et (finalement) maternelle athénienne – après quoi venait l’épreuve de 4 ans avec à mi-temps le serment, qui seule faisait de l’adolescent athénien un citoyen. On ne s’étonnera donc pas de la structuration en trois niveaux plutôt que les deux d’Athènes, transposée au mieux en France. Le seul étonnement sera que l’on refuse à nos représentants élus, ou aux ministres de la Cité, sans même parler des dictateurs d’infortune, d’offrir la citoyenneté de manière extraordinaire. Mais c’est l’expérience de tous les temps et lieux qui nous l’enseigne : déléguer ce pouvoir de refondation permanente de la nation à des chefs ou représentants élus, et c’est sa mort assurée, car ils vont vendre cette citoyenneté pour se faire élire et réélire !

C’est ainsi que le Populus Romanus était littéralement refondé par deux censeurs élus exprès pour cela tous les cinq ans, et non rééligibles. Solution originale, simple et extrême (très romaine) qui permet au moins de comprendre que dire qui est citoyen et qui ne l’est pas, est de la plus haute importance dans une cité, et que cette grave décision n’a rien d’ordinaire au sens profane. Il n’y avait pas de magistrature romaine plus haute en dignité quoi qu’elle fut temporaire, car les censeurs rejouaient purement et simplement le rôle de Romulus, le fondateur.


Prolongation ordinaire de la nation “par le sang”

Une fois la nation ainsi fondée, ou sa fondation ainsi solennellement amendée, serait-ce à la marge, l’attribution de la citoyenneté par le “droit du sang” de premier degré est la première manière ordinaire de la prolonger.  Du reste, ces censeurs à qui le peuple romain donnait le pouvoir sacré de le régénérer ne prenaient pas un autre critère de base. Le but du recensement, outre la sacralisation de la citoyenneté et le règlement des cas très litigieux, était pratique et complet : chaque citoyen mâle connaissait finalement sa tribu et sa classe, avec les droits de vote implicites inégaux qui en découlaient, son impôt pour cinq ans, ainsi que sa place dans l’armée, et même au sénat. Et en réalité, les censeurs avaient surtout le pouvoir d’exclure un “Romain de souche”, tant de ce sacré peuple romain (mais pour 5 ans), que des corps romains susdits, militaires ou civils : pour le reste, l’inclusion d’un alien éventuel n’était pas décidée là, mais, pour le peu que l’on sache, aux comices curiates, la version la plus sacrée de l’assemblée du peuple romain.

Et cependant, il y avait une faille dans le système, dès le départ, bien avant que les augustes et autres césars n’aient à eux seuls le pouvoir de faire la loi, récupèrent en leurs seules mains toutes les magistratures créées pour être séparées et deviennent mêmes censeurs permanents, jusqu’à donner gracieusement une citoyenneté romaine vidée de toute substance au monde entier. L’affranchi natif devenait citoyen romain, et il était même inscrit dans la tribu du magistrat devant lequel son affranchissement avait été déclaré. Or on voit mal comment il aurait pu en être autrement à Rome. Il y a bien trois solutions dans l’absolu : l’ancien esclave peut retourner chez lui ou aller voir ailleurs et la question de sa citoyenneté est ainsi réglée ; il reste dans la cité mais sans en devenir citoyen ; il devient citoyen comme les autres. Or si les Romains ne voulaient pas de la deuxième solution, c’est qu’ils n’étaient pas Grecs. Les Romains, eux, ne tenaient pas l’esclavage pour naturel : c’était la faute à “pas de chance” et non une gêne inscrite dans les gènes. Il semblerait même que la leçon soit venue des Gaulois : “malheur aux vaincus”, leur avait dit Brennus … En outre, quand un maître affranchissait son esclave, c’est qu’il lui voulait du bien en tant que personne. Or il n’y avait en gros que trois sortes de personnes dans le Monde aux yeux des Romains : ces non-personnes qu’étaient les esclaves partout dans le Monde, ces personnes du Monde qui avaient leurs propres cités, et les citoyens romains qui étaient les meilleures personnes au Monde. Voilà tout ce qu’offrait un citoyen romain à son ancien esclave, et que le magistrat romain lui reconnaissait sans autre forme de procès vu qu’il pensait exactement comme lui.

Transformer les esclaves en citoyens ou les citoyens en esclaves serait bien la question destinale de Rome, pour le dire à la Heidegger traduit trahi en français.  L’histoire de Rome est celle de la tyrannie travestie en urbanité : ce qu’avait bien compris Vercingétorix mais certes pas tous les Gaulois, et que devait comprendre tous les Germains à commencer par Arminius. La “solution romaine de la question de la liberté” consiste à remplacer un tyran plus ou moins imaginaire par des milliers de petits tyrans dont le destin commun est de créer astucieusement un aréopage de tyrans qui s’auto-limitent et, pour finir en beauté, un ultime tyran que plus rien n’arrête. Voilà pourquoi le savant se doit de bien connaître Rome, pourquoi le sage se doit de l’éviter, et pourquoi le très sage (dre-vid ? ) se doit de la fuir comme la peste en répétant dans sa barbe : Roma liquidenda est.

L’acquisition de la citoyenneté romaine par l’affranchissement ressemble à l’adoption même si ce n’en est pas une – car tant l’adoptio que l’adrogatio plaçaient un homme “dans la main” d’un autre – et elle avait pour effet, ainsi que nous l’avons dit, de faire entrer l’affranchi dans une tribu avec le nom du magistrat. Or voilà une solution globale inacceptable telle quelle, par quatre fois : il est inacceptable de faire entrer dans une famille naturelle une personne sans qu’elle y consente au delà de son chef, inacceptable de rafler des enfants à leurs familles a fortiori issus d’autres nations, inacceptable que l’on ne veille pas au sort de l’enfant proche avant l’enfant lointain, inacceptable de faire entrer dans une nation, par ce biais, d’autres lignées sans qu’elle le veuille.

Les peuples sains, les peuples sensés plutôt que recensés, ne connaissent aucun “droit à l’adoption”, actif ou passif : c’est au puissant le plus proche de veiller au sort de l’enfant actuellement privé de parent. Or la puissance la plus proche est la gens agnatique ou cognatique, et à défaut de gens seulement, un proche niveau de la Cite. L’adoption est bien idéalement un contrat entre au moins ces trois parties là : l’enfant bénéficiaire, le ou les adoptants qui s’obligent par ce contrat, et la Cité proche de l’enfant qui subroge ainsi ses propres obligations. Vu ainsi, on comprend triplement que le néo-tsar de toutes les Russies ne veuille pas que l’on rafle des enfants russes : c’est la Russie qui doit s’en occuper (mieux) ; chaque adoption étrangère appauvrit la Russie en substance ; les Slaves n’ont pas été créés par l’Eternel pour servir de poupées blondes à tous les tarés du Monde.

En conséquence, toute adoption (ou tutorat exclusif) d’un enfant étranger, ou, inversement, d’un natif par des étrangers, devrait être soumise idéalement à l’approbation de la nation de départ et impérativement à celle d’arrivée. Ceci posé, pourquoi pas, eu égard à tout ce qui est en jeu, faire entrer cette question dans le circuit du jury de citoyenneté susdit, pour ceux qui adopteraient ce dispositif ?

Voilà pour l’adoption. Il sera discuté plus loin de la transmission de la citoyenneté par le géniteur seul, la génitrice seule, les deux conjointement, ou l’un ou l’autre indifféremment, seule solution commune acceptable à notre époque. Car tout cela est conditionné par le droit de s’unir avec un étranger et des effets juridiques de cette union. Si, dans les premiers siècles après la fondation, le citoyen romain l’était par sa mère, c’est qu’une Romaine ne pouvait pas épouser n’importe qui, sans compter que pour être patricien et exercer ainsi le maximum de pouvoir dans la Ville et sur le Monde, il fallait deux parents patriciens … Nous y reviendrons.

On peut regarder l’offre de citoyenneté par “retour de lignées” comme une inclination étendue envers la descendance, mais ces dispositifs relèvent plus de la conservation de la nation dans le respect de l’humanité, donc de ces deux nécessités là, que de la générosité primordiale des parents envers leurs enfants. Si l’on invite ces gens partis loin d’une Cité à y revenir, c’est que la nation en a besoin et/ou qu’ils sont chassées par quelque malheur ou risquent de l’être. La loi du retour israélienne a ces deux motivations, mais la loi du retour allemande aussi, appliquée aux “Allemands de la Volga” par exemple, tous les surnoms en “ine” n’ayant pas la même vision du monde : Catherine et Staline, notamment …

Mais comment de telles lois s’appliquent-elles ? Il faut bien que l’Etat d’Israël fasse confiance à des corps religieux non étatiques pour déterminer qui est juif ou pas, et ce n’est qu’après qu’il applique les règles sur la filiation s’il y a lieu. Ainsi, ces lois du retour nécessitent souvent l’appel à des corps ad hoc pour trancher. On peut donc concevoir qu’ils tranchent en première instance, puis brancher leur verdict sur le jury de citoyenneté de niveau national. La volonté de rapatrier ces lignées peut être une décision ordinaire et générale, mais sa mise en oeuvre contient beaucoup d’arbitraire, et requiert donc le moyen des offres extraordinaires, adapté au mieux.

Il existe en tout cas, en France, une loi de retour qui ne nécessite aucune commission pour être appliquée, une loi naturellement inconnue de cette Marianne qui ait l’Afrance, une loi qui n’est pas seulement liée à l’offre de citoyenneté, mais à un besoin souverain de la nation, au besoin de la nation d’un souverain, une loi antique et agnatique sur laquelle aucun traité, a fortiori imposé par l’étranger, ne saurait jamais revenir sans briser symboliquement cette nation. Donc, ce traité qui la maltraite à ce point, nous ne l’appliquerons pas, du moins dans ses termes exprès, enregistrés ou pas, serait-ce par le Pape ou par le Monde entier !


Offre de citoyenneté au conjoint étranger

Dans une civilisation patrilinéaire – comme la notre l’est encore un peu -, l’attribution de la citoyenneté à l’étrangère qui épouse un national n’a aucun impact durable sur la définition symbolique de la nation comme “collection de gens”. Les enfants appartiendront en effet à la gens du père, et rien ne sera symboliquement changé après cette génération du moins. Et cependant nul ne niera que l’arbre ancestral commun sera changé à la marge, et le stock génétique aussi, d’autant que la “pièce rapportée” l’aurait été de très loin …

 En situation normale, nul ne craindrait l’existence du dispositif symétrique, même si son impact symbolique est durable, puisque la collection des gens change en y ajoutant, avec un mâle étranger sa future lignée agnatique. Les femmes font rarement venir d’ailleurs des hommes pour les épouser : c’est un truc de reine anglaise … sauf que la rousse impérieuse devait finir officiellement célibataire si ce n’est vraiment vierge. Quant à la petite boulotte blonde, déjà Allemande de partout, les Britanniques, du prolétaire jusqu’au lord, se fichaient bien qu’elle en redemande dans son lit … Ce n’est, le plus souvent, qu’une fois l’étranger installé dans la Cité que survient le mariage éventuel avec une native, de sorte que la question se pose peu dans le quotidien de l’humanité. Si des mâles étrangers s’unissent massivement à des natives, c’est que les mâles natifs viennent de perdre une bataille, et même la guerre !

 C’est bien pour cela que le droit d’épouser une citoyenne romaine (connubii jus) n’était pas offert au Monde entier. On pourrait d’ailleurs voir une contradiction entre l’enlèvement des Sabines et ce dispositif juridique, sauf que cet enlèvement est justement fondateur tandis que la restriction du droit d’épouser une Romaine a une visée conservatrice de ce qui a déjà été fondé. Au commencement mythique de Rome, les Romaines ne “risquaient” pas transmettre sa citoyenneté puisque la Cité n’existait pas encore. C’est l’union intime des trois tribus qui fondait la citoyenneté romaine originelle, le Populus Romanus. Et ce sont tous les biais dont nous avons parlé qui l’ont finalement défait, mais nous ne nous en plaindrons pas : pour que naisse la France, il fallait bien que Rome tombe, mais pour qu’elle tombe, il fallait bien avant qu’elle se dresse sur le Monde comme ce Colosse qui surplombait le port de Rhodes, avant de affaler : CQFD.

Et cela n’était pas réservé à Rome. Dans l’ancien Israël, le mariage d’une juive à un gentil était tout simplement interdit. La règle finale de transmission de la judaïté par la seule mère résulte de la destruction d’Israël, de la mise à mort des mâles, de la réduction en esclavage du reste et des douloureuses tribulations qui suivirent. Elle visait principalement à protéger les enfants des “filles mères”, de sorte que son transport exclusif pour fonder une citoyenneté serait dérisoire. D’ailleurs, pour reconnaître un vrai Levi (a fortiori un Cohen), le Rabbin demande, outre la mère juive, que le père soit Lévi (Cohen) et juif. Et le critère maternel quasi-exclusif de la judaïté n’est pas celui d’attribution de la citoyenneté israélienne, ni dans la loi du retour initiale, ni dans sa version finale incluant les petits-enfants d’un juif – telle une “contre-loi de Nuremberg”.

Par ailleurs, ce pinaillage est ridicule au regard de l’enjeu. Dire qu’on offre la citoyenneté X de la mère à un enfant seulement à défaut de père qui lui transmette Y, ou qu’on l’offre à l’enfant du fait de son seul père à moins qu’ils soit parti ailleurs, finit par devenir incompréhensible. En vérité, seul l’enfant adulte est en mesure de décider s’il préfère la première cité à la seconde, choix qui s’avérera douloureux, ou pas. La réalité est que l’enfant dont le père est de la nation X et la mère de Y est un authentique binational, quelle que soit sa citoyenneté,  et que seules les circonstances de sa propre vie, ou la proximité ethnique avec la Cité finalement choisie, font qu’il pourrait ne pas s’en apercevoir, ni ses autres concitoyens.

Donc, non seulement il est bon d’offrir la citoyenneté nationale à un enfant dont un quelconque des deux géniteurs est citoyen, mais il conviendrait de maintenir l’offre si cet unique transmetteur changeait de citoyenneté entre temps – ne serait-ce que pour ne pas diviser ridiculement les fratries sur ce point. Toutefois, cette interprétation large du droit du sang de premier degré (et contraire au code civil sur ce point précis) n’est surement pas à décréter maintenant, alors que l’invasion bât son plein.

Plutôt que de pinailler, considérez plutôt ceci. Vous ne pourrez jamais empêcher juridiquement les unions binationales, sauf à violer non seulement l’humanité en géneral, mais à vous démolir symboliquement comme nation, résultant au commencement d’une certaine hybridation massive. Et cette affirmation concerne le Monde entier, à commencer par les Germains originels qui mêlèrent l’énergique rufosité de Thor à la douce blondeur de Freia, bien avant les Germains continentaux que prétendait recenser le Maître-hurleur de Nuremberg dans ses siegheilesques orgies. Surtout, ce qui nous arrive aujourd’hui ne tient pas à l’application de cette règle neutre pour l’offre de citoyenneté aux “binationaux” mais est l’effet d’une invasion organisée qui anéantit nos nations européennes. Dans l’état stable de la civilisation, ces mariages internationaux sont improbables à moins d’être royaux et, en fait, européens. Et ils ne sont pas simples à initier pour les époux, et d’autant plus difficiles à vivre durablement pour les enfants que le résultat est visible sur eux. Donc, si tant est qu’ils éprouvent un tiraillement intérieur naturel, voire un regard extérieur douloureux, nous n’allons pas en rajouter officiellement … Laissons donc les enfants en paix et contentons-nous de faire payer très cher – par exemple, en confisquant une caution prise exprès – la ruse indigne qui consiste à épouser un citoyen pour rafler notre citoyenneté nationale, et divorcer en suivant.


Une offre de citoyenneté dans l’humanité

Le droit du sol maximal consisterait à décréter que, pour n’importe qui pénétrant le territoire d’une Cité et y faisant des enfants, ils en deviennent citoyens. Comme on ne peut plus les expulser par définition, ni, par humanité, les séparer d’eux, leurs parents gagnent ainsi le pompon ! Quand bien même on fait semblant d’attendre pour leur donner la citoyenneté, ils ont immédiatement tout le reste.  Il serait donc facile de montrer que nulle part dans le Monde n’a jamais existé un tel droit du sol maximal absolu. En Grande Bretagne, il se rajoutait toujours finalement, du moins autrefois, par la jurisprudence de common law ou par statut du parlement, des conditions sur la légalité de la présence des parents sur le sol. Et ce ne fut jamais la seule condition d’acquisition de la citoyenneté britannique, sinon les enfants des ambassadeurs anglais nés au Japon ne seraient ni japonais – pas de “droit du sol” au Japon – ni anglais, et certains rois de Grande-Bretagne auraient été n’importe quoi – hollandais, allemands, danois, que sais-je ? -, mais jamais britanniques. Donc, arrêtez de nous pomper l’air avec votre solus “jus soli” …

Le seul Droit du sol minimal humainement exigible concerne les enfants nés sur le sol de la Cité et dont on ne connait pas les parents. Cette offre, ajoutée dans le code civil et retirée puisque cette restriction ne tient même plus, venait juste après le droit du sang de premier degré. Ainsi était perpétué le grand débat originel qui opposait la majorité de la commission rédactrice, favorable au droit du sang quasi exclusif, et une minorité, dont le premier consul “himself”, favorable à une large ouverture, non seulement par un droit du sol étendu dans tous les sens (naissance et séjour durable), mais surtout par une “naturalisation” gouvernementale sans frein. Logiquement, toutefois, cette offre devrait passer juste après l’offre pour cause d’alliance, brisant ainsi cette opposition entre droit du sang et droit du sol sans profondeur juridique, psychologiquement infondée, et qui ne répond même pas la question nationale cruciale : avec quels Gens faisons nous notre Nation au sein de l’Humanité ?


Sortie de la cite

La citoyenneté, nationale ou pas, est un vrai contrat social et non le délire totalitaire d’un certain citoyen de Genève, et si vous pensez autrement, sautez ce paragraphe. Même si vous y voyez un vrai contrat, mais pensez que la violation d’un contrat entraîne en soi sa rupture, sautez aussi ce paragraphe …

 A Rome, les citoyens convaincus de trahison n’étaient pas “déchus de la citoyenneté” mais le plus souvent mis à mort ! Cette perte du droit de cité ne résultait pas d’une décision externe spécifique mais soit de l’absence non représentée au cens ou par défaut d’âge – les deux pouvant être corrigée entre deux cens par le prêteur ou au pire rattrapée au prochain cens -, soit de l’inscription volontaire ou factuelle dans une autre cité ou même de l’abandon formel, soit d’une diminution de la personnalité elle-même. Le plus qui ressemblerait à Rome à une déchéance formelle est l’interdiction du feu de l’eau, mais ce bannissement forçait à chercher refuge dans une autre cite et entraînait de fait l’exclusion de toute participation à la vie de la Cité, à commencer par le recensement lui-même … qui faisait le Peuple Romain. Du reste, pour toute mesure du genre, dont la peine de mort, le citoyen romain, du moins à Rome même et avant l’Empire, ne pouvait pas en être frappé sans l’accord du Peuple Romain assemblé. A Athènes, l’ostracisme décidé par l’Ecclesia n’avait pas cet effet secondaire là : ce n’était qu’une décision sécuritaire temporaire et pas une punition, et surtout, ce n’était pas un cens périodique qui refaisait “magiquement” le Peuple Athénien mais le seul Serment, et de certains encore plutôt que de tous ceux qui se trouvaient dans le coin par hasard …

Donc, par nature, un tel contrat devrait être exclusif de tout autre de la même espèce, comme le mariage, à moins que vous prétendiez jouer au suzerain lige ou pas lige comme au moyen age. Car il n’y a aucun fief dans cette histoire, et l’hommage lige fut justement inventé pour tuer dans l’œuf le conflit d’obligation d’un vassal envers plusieurs suzerains qui se feraient la guerre. Donc, l’attribution d’une citoyenneté spécifiquement nationale doit, plus que tout autre, être exclusive ou elle s’avérera inconsistante quand la Cité nationale en aurait cruellement besoin, à savoir en cas de conflit international !

Il est bien de l’intérêt supérieur de la Cite d’interdire une citoyenneté nationale multiple à ses citoyens. Mais entre prohiber et prétendre annuler, il y a un monde – encore une fois, l’exemple romain est mauvais parce que c’était le cens qui faisait et défaisait le citoyen romain, quoi qu’il en soit des droits à s’y présenter.

Puisque ce contrat est techniquement bilatéral, obligeant le citoyen et la cité – étant intrinsèquement multilatéral, associant tous les citoyens entre eux -, il ne suffit pas que l’offre soit acceptée, il faut encore que le citoyen promette sa part des obligations. Chose évidente pour moi, mais qui devrait l’être pour tout le Monde vu que l’on peut recevoir l’offre de différentes citoyennetés, pour sa filiation immédiate ou lointaine, son mariage, un droit du sol minimal ou élargi, ou encore de manière ordinaire ou extraordinaire.

Nous ne parlerons donc ici que la citoyenneté jurée puisque l’autre n’oblige pas le bénéficiaire – sinon dans l’esprit embrumé de la majorité de nos juristes “nationaux”. Une cite ne devrait pas recevoir le serment d’un candidat sans s’assurer qu’il n’a pas été délié du serment éventuel fait à une autre. C’est ainsi que le serment de citoyenneté US, outre l’allégeance aux Etats-unis, contient aussi un abandon solennel de toute autre allégeance, mais sans se préoccuper des effets dans la Cité d’origine. Le but étant de pouvoir coincer le prestataire en justice s’il invoquait cette autre allégeance pour se disculper, ce n’est pas un très bon exemple sur ce point – un cas douteux de romano-américanerie, car il y en a d’excellents aussi.

Le changement de Cité requiert bien idéalement l’accord des trois parties : les deux cités nationales et le citoyen demandeur. Et plutôt que de prétendre annuler les doubles citoyennetés jurées sous ce seul prétexte – comme si le second mariage d’un bigame annulait le premier -, ou de faire droit à des abjurations qui détruisent d’un coté ce qu’elles prétendent fonder de l’autre (!), ou encore de faire passer le candidat devant le censeur de la stroumpfette pour effacer magiquement cette autre allégeance éventuelle, il serait plus judicieux de soumettre le bi-citoyen juré à une astreinte pénale jusqu’à ce qu’il sorte de ce conflit d’obligation, quand cela ne dépendrait que de lui.

En outre, rien n’est préjugé sur la capacité d’un “double-citoyen” d’être élu à un poste politique, crucial ou non, ni d’entrer dans l’armée nationale, en temps de paix ou bien de guerre, ce qui est l’évidence mais pas une question proprement judiciaire, ni même parfois une question de double-citoyenneté, jurée ou pas : c’est ainsi que le Gouvernator de Californie n’aurait jamais pu devenir Presidator US pour suivre la carrière de son prédécesseur hollywoodien, non qu’on le suspectait d’être encore un “Autrichien juré”, mais parce qu’il n’est pas « natural born citizen » – né aux Etats-unis ou fils de citoyen US – comme requis par la Constitution fédérale.

Enfin, l’abandon de la citoyenneté jurée à une cité, même avec son accord, ne saurait malgré tout se faire, si, en conséquence, le demandeur n’a plus aucune cité : tel est le sens des diverses conventions internationales sur les “apatrides” (l’anglais “stateless” est bien plus juste), fort complexes à examiner et pleines de réservés des Etats adhérents qui le sont plus encore et les annulent parfois pratiquement, mais pour lesquelles on peut rendre au moins hommage à ceux qui les ont promus, ou, en dehors de cela, ont travaillé efficacement à minimiser les effets inhumains de cet état, au nom de l’humanité.


 Résolution

Convenons donc fermement de ceci, entre citoyens de notre nation, pour le moment où elle sera libérée :

  1. nous offrons sans autre forme de procès notre citoyenneté : à nos enfants très naturellement, à nos conjoints très joyeusement, aux enfants nés sur notre sol de parents inconnus très humainement ;
  2. nous ajoutons comme condition suspensive à ces trois offres que (idéalement) le sujet demande/promette la citoyenneté et (en tout cas) qu’il n’en ait pas actuellement contractée une autre, laquelle condition pourrait même être résolutoire si le sujet avait caché cette allégeance ;
  3. pour tout autre candidature, nous devrons nous réunir de quelque manière en personne pour en délibérer mûrement et en décider expressément, car il en va du maintien de notre nation telle qu’elle a été fondée.

Reconnaissons qu’en nous en tenant à ces seuls principes, pas plus l’humanité en tant qu’espèce, que l’humanité en chaque personne, ou encore cette personnalisation collective très particulière de l’humanité que nous appelons nation, ne serait violée.

 

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