La Souche est dans le Coin

« La Chouette de Minerve prend son Vol au Crépuscule » : c’est ainsi que le grand logologue de Berlin signifiait que notre vision de la réalité n’est jamais aussi nette que lorsqu’elle s’efface sous nos yeux.  Or voilà qui laisse songeur mais n’incite guère à l’action.

Plutôt que l’Esprit du Monde, tentons le spiritisme. Nous, Européens de France et de Navarre, et des belles contrées alentour, récapitulons, dans l’angoisse de l’heure, notre vie à toute allure, et cette near death experience continentale nous conduira devant l’inévitable alternative : ou bien l’Eternel appose son sceau sur notre Histoire ou bien il nous renvoie finir notre Œuvre dans le Temps. Et voilà qui nous inciterait à la prière mais toujours pas à l’action.

Après avoir fait tourner les tables, nous pourrions nous dire plutôt, avec le Grec sage, que ce qui nous arrive en ces jours dépend de nous et qu’il n’est donc pas vain de vouloir y faire quelque chose. Mais encore faudrait-il qu’il y ait un Nous, que ce Nous veuille faire une chose qui Nous ressemble tant qu’elle Nous rassemble aussi. Qui sommes-nous et que pourrions-nous bien vouloir faire qui ne répugne pas à notre être ? Se peut-il que la quête spirituelle de ce Nous-là et sa reconquête temporelle se conditionnent mutuellement ?

Figures de l’ethnogenèse

« On est pas Français de souche mais Français de sang », lisais-je sur un commentaire du site éponyme. Et je répondais que les deux ne s’opposent pas : souche est une métaphore et sang une métonymie, pour désigner également la filiation des Français à leurs ancêtres français, avec, il est vrai, des connotations ou possibilités d’extension différentes.

Souche (comme Tronc) correspond à l’allemand Stamm et reprend la vision de cet arbre généalogique qui ne pousse pas dans le jardin : métaphore, donc. Stamm désigne les quatre principales tribus composant originellement la Germanie continentale : Francs, Saxons, Alamans (ou Souabes), Bavarois.

Sang est le complément de Chair. Par quelque similitude avec le sperme, l’homme dirait plutôt qu’un enfant est de son sang, et la femme, la chair de sa chair. On dira aussi que le légionnaire est devenu Français par son sang versé pour la France : extension que permet la métonymie animale du sang mais pas la métaphore végétale de la souche. Avec elle, l’extension possible serait la greffe … à quoi l’on objecte que toute greffe ne prend pas.

Sang s’oppose clairement à Sol (Blut/Boden), tandis que Souche, comme Racine, entraîne finalement une confusion, au moins par ici  – syndrome Pétain ou effet Roots ? Nos ancêtres ne pensaient pas « s’enraciner » ou « faire souche » en s’installant/s’établissant quelque part : deux autres figures meilleures à la seule fin de signifier notre rapport au Sol. Car s’installer réfère la stalle où s’assoient les clercs, posée en dur dans l’église, et s’établir réfère l’étable … de sorte que s’installer/s’établir s’oppose à « camper ».

Puisqu’on en parle … Qu’est-ce donc qui nous préoccupe, qui nous occupe vraiment ? Français de souche/Français de papier : les seconds se disent Français parce que des gouvernements francs-maçons l’ont décrété sans demander leur avis aux premiers, et en truquant tous les comptes pour masquer cette trahison inouïe.  Il nous faut donc examiner la pertinence de cette notion de Français de souche, et sa portée.

Collection des Gens de France

La plupart des 450 pays qui composent à ce jour la France existaient avant que Clovis ne sorte de son marécage à tulipes pour fonder son royaume dans l’ex-empire romain. La France n’existe que parce que Clovis a posé des frontières, et que lui-même ou ses successeurs, y ont incluent certains pays avec tous les gens qui y vivaient. Pays ainsi inclus … ou exclus puis ré-inclus … ou exclus et jamais re-inclus.

Ces pays appartiennent d’ailleurs à des régions, généralement incluses entières. Ainsi, puisque l’Auvergne fait partie du royaume depuis le début, un Auvergnat de souche est par là-même Français de souche. En revanche, Catalogne, Euskadi et Flandre étant réparties entre la France et ses voisins, il faudrait préciser, le cas échéant, Vallespirien, Lapurdien, Flamand maritime ou roman de souche – mais nos Flamands trouveront mieux.

Autre difficulté : la Normandie réfère ces Hommes du Nord qui pénétrèrent de force le royaume entre le 9e et le 10e siècle, et la Gascogne est dans le même cas avec les Navarrais. Mais si vous dites à un Normand ou Gascon de souche, pour cette violence originelle de ses ancêtres éponymes, qu’il n’est pas Français de souche, il vous mettra une tarte ! Tous pourraient chanter « Pharamond, Pharamond, nous avons combattu avec l’épée », mais en remplaçant Pharamond par Rollon ou  … Gascons. On peut toujours remonter le temps pour trouver la pénétration violente d’un territoire mais les descendants communs des deux parties se font vite une raison … par cette première raison suffisante pour eux-mêmes. La seconde est le critère gaullien du « bon produit » qui nous fait dire ensemble après coup : ce fut une Chance pour la France que telle ou telle pénétration.

Pour son Chant des Francs, Chateaubriand s’est d’ailleurs probablement inspiré d’un texte normand, ce qui assez cocasse, puisque Rollon et ses hommes prirent justement leur place en France par la force contre le roi des Francs. Cependant, la concession officielle de cette partie de la Neustrie – qu’ils avaient déjà prise – prédit l’achèvement de l’Europe, vu la conversion au christianisme posée comme condition. Ce fut donc après coup une victoire des Carolingiens aussi importante que celle de Charles Martel qui conditionna leur promotion : empêcher l’islamisation de l’Europe et provoquer l’inclusion de la Scandinavie dans la Chrétienté : un triomphe de A à Z, la gloire des Charles au service de l’Europe.

Quant aux Gascons, ce furent de véritables teignes pro-capétiennes, si bien que les Anglais appelaient Jeanne l’Armagnacaise. Et pour le monde entier, D’Artagnan est français par son sang versé, si le reste ne suffisait pas, s’il fallait oublier les longs et répétitifs détachements de l’Aquitaine, et la mauvaise chanson que les Basques chantèrent à Roland

La plus célèbre difficulté, et surtout cruelle, serait l’Alsace. Vu que la zone était bien dans le royaume des francs au commencement, l’affiliation de cette région à l’Empire, pendant sept siècles suite au Partage de Verdun, ne change rien à la qualification de ses Gens pour notre propos. Répétons-le : à part les Francs eux-mêmes et les deux petits groupes qui « triomphèrent par l’épée » après eux au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, les Gens de France ne furent inclus en elle qu’au travers de leurs territoires : ils ne sont pas venus en France, c’est la France qui s’est étendue à eux. C’est donc par une sorte de « loi du retour féodal » symbolique que nous pourrions dire que les Gens d’Alsace sont égaux aux Gens d’Auvergne en tant que Français de souche si nous devions en arriver là … Car pour moi, il ne fait aucun doute que l’Alsace est en soi une Chance pour la France …

Contrairement à l’Alsace, la Flandre faisait bien partie du lot de Francie Occidentale et les Capétiens firent tout pour la garder. Tel était l’objet de la Bataille de Bouvines, et si elle fut perdue un peu plus tard à la Bataille de Courtrai, il n’était pas incongru que Louis XIV en récupère finalement les deux pays de Lille et Cassel. Car une France sans sa Flandre est une France chauve, tel un Mérovingien sans sa tignasse flamboyante, une disgrâce visible, et le signe extérieur d’une profonde Méchance … pour la France.

Toutes les régions incluses dans la Francie médiane eurent à choisir à quelque moment entre le Royaume et l’Empire, voire à envisager un tiers destin, tels les Suisses qui y réussirent en premier. Les Provençaux furent également vassaux de l’Empereur, et les premiers Capétiens devenus Dauphins du Viennois lui faisaient encore allégeance pour ce comté. Dans les deux cas toutefois, les trois fils de Clovis et Clotilde avaient absorbé le royaume des Burgondes dans le royaume des Francs et ils étaient « Francs de sang » par leur père et « Burgondes de chair » par leur mère.

Vu que l’attribution/acquisition – oppositions lexicales stupides du code civil – de ce qu’il faudrait appeler la citoyenneté française confère aux titulaires une position juridique égale aux autres, il est naturel que la notion de Français de souche, qui n’est pas juridique et qui introduit une inégalité, s’y oppose. En gros, plus j’ai d’ancêtres anciens entre les frontières de la France, plus je suis Français de nationalité : c’est donc une affaire de degré.

Et cela vaut partout. Aux Etats-Unis, les descendants agnatiques des immigrants du May Flower et les Filles de la Révolution se présentent comme les Américains par excellence. Or, malgré la dinde de « thanks giving », les derniers Indiens, avec ou sans hybridation, peuvent bien se dire plus américains qu’eux selon le seul critère de l’ancienneté sur le territoire. Et malgré ce même critère, les Afro-américains seront encore vus comme une tribu à part pour un descendant d’Irlandais pourtant débarqué plus tardivement.

La raison de tout cela : ce n’est pas son ancienneté qui définit la nation elle-même dans sa perfection, mais son endogamie. Aux Etats-unis, le rôle de la tribu agrégative dominante incombe au noyau WASP. Mais dès le début, il n’y avait pas que des protestants : le bien-nommé Maryland fut fondé par des catholiques anglais, si bien que les autres immigrants catholiques ne furent pas barrés d’entrée sous ce prétexte. On passera sur les détails : la tribu WASP actuelle est toujours protestante mais bien plus germanique (matinée d’écossais) qu’exactement anglaise ; elle reste séparée de la tribu protestante afro-américaine ; la minorité catholique est devenue énorme et marginalement anglaise, avec par taille, trois tribus, sud-américaine, celtique-italique, afro-américaine.

Le blocage, ou freinage, à l’absorption dans la tribu WASP se fait donc bien « pour cause de race ou de religion ». Mais deux choses font qu’une telle nation n’explose pas. La première est l’acceptation par tous du logos posé par cette seule tribu fondatrice, la Constitution : les meilleurs discours présidentiels, fond et forme, restent ceux de Kennedy et d’Obama, pourtant pas WASP. La seconde est cette Constitution elle-même : grâce à ce chef d’oeuvre vivant, même si la domination effective passait à la tribu sud-américaine du fait de la démographie, la nation n’exploserait (peut-être) pas, malgré son imperfection naturelle.

C’est ainsi que des tribus égales dans une Cité ne le sont pas nécessairement pour la Nation qui vit entre ses murs. Le mythe de fondation du Peuple Romain a été inventé pour donner la primauté aux Latins, le second rôle aux Sabins et le troisième aux Etrusques, qui avaient pourtant fondé Rome. Mais derrière les inversions diverses, ce mythe dit tout ce qu’il doit : la fondation par un Romulus imaginaire mais nécessaire, l’enlèvement des Sabines par les Latins qui pose de fait l’endogamie maximale entre les trois tribus. Et pour la France, ce furent Clovis et ses Francs qui initièrent réellement tout cela, en embrassant dans leur Geste tous les Gens qui se trouvaient là.

Connaissance d’une Nation et de l’Europe

La Collection des Gens de France ne fut qu’exceptionnellement familiale – comme celle des gentes patriciennes à Rome ou à Venise – et elle ne fut pas systématiquement tribale – incluant tous les Basques ou (finalement) tous les Alamans -, soit les deux extrêmes d’une affiliation purement personnelle. Elle fut le plus souvent féodale : un territoire inclus avec tous les gens qui y vivent.

D’où cette « sainte-trinité » Franc/France/Français, dont il faut réaffirmer/révéler le sens propre : France, donc FRANCIA, n’est pas autre chose que la Terre des Francs – comme GALLIA celle des GALLI -, mais c’est celle de leur emprise propre – REGNUM FRANCORUM/ Frankreich/Frankrijk, etc- et non aussi celle de leur labeur spécifique – Frakland dans le seul Islandais, mais qui connait aussi Frankariki – ; et le substantif Français lui-même n’est qu’une transposition de l’adjectif Frankisk qui seul dérive du substantif Frank, alors même que cette tribu fondatrice ne forme pas le tiers quantitatif – attendu du latin tribu -, ni même le quart entier de l’ancestralité moyenne d’un Français « de souche ».

C’est qu’en vérité, en transposant au mieux l’usage allemand du mot, le Peuple de France aurait plutôt quatre souches profondes : neustrienne, austrasienne, aquitanienne, burgondienne, ainsi nommées en révérence aux temps très animés de l’embryogenèse du royaume. Elles correspondent en effet au maximum d’une certaine sous-classe de l’Y-haplogroupe R1b dans les quatre « coins » de France Nord-Ouest, Nord-Est, Sud-Ouest et Sud-Est, et nous relient donc clairement par nos ancêtres aux autres peuples de l’Europe de l’Ouest, cet autre schéma montrant la proximité génétique moyenne entre eux et la dispersion interne en chacun, qui en résultent.

C’est ainsi qu’une ethnogenèse propre à la France devrait commencer par l’inscrire dans l’ethnogenèse européenne, contrairement à « nos ancêtres les gaulois » que la IIIe république proclamait comme souche propre. Du reste, l’ethnogenèse allemande du 19e rendait elle aussi ses troncs inclusifs/exclusifs, ce qui était moins idéologique mais plus dangereux pour la paix publique. Encore ne s’agissait-il pas de conquérir l’Angleterre à cause des Saxons, mais nombre d’Allemands se voyaient bien capturer à l’occasion tous les Alamans sur ce seul motif tribal. Comme si Bismarck se vengeait avec l’Alsace, non seulement de la France (qui l’avait cherché) mais aussi de l’effronterie de Guillaume Tell, que l’Aigle n’avait pas impressionné et qui fit lâcher prise aux griffes de l’Épervier.

Grâce à ces quatre souches profondes, les Français qui se connaissent un ascendant Madrilène, Milanais, Vénitien, Anglais, Irlandais, Munichois ou Scandinave, peuvent aussi se dire qu’ils ne nous sont pas « étrangers d’Adam et Eve », nous les Gasco-normands, Britto-provençaus et autres Alsa-auvergnats, qui serions également des hybrides de souche, mais « enterrinés » si l’on ose le jeu de mot. C’est qu’ils ne sont pas entrés avec leur Sol dans le royaume, mais seulement avec leur Sang – et leur Sueur …

On réprouvera par contre, et on moquera surtout, la manœuvre conçue par De Gaule en 1945 pour reblondir ce petit remplacement bi-séculaire « en privilégiant l’immigration nordique », soit, vu sa liste, surtout la souche « austrasienne ». La fameuse dénordification de la France a plusieurs causes dont on peut discuter, mais le remède ainsi proposé, s’il n’était plus aussi diabolique que celui de l’assassin à lunettes pour la Germanie, n’était toujours pas très catholique pour la France. La méthode véridique, bonne et belle, eut été que les Lillois continuent à faire huit enfants  : le seul Lebensborn auquel nul n’aurait trouvé à redire … sauf bien sûr le parti MEZZI et ses einsatz-gruppen Mélenchon.

Aujourd’hui, ce que nous voulons, c’est clairement préserver nos souches européennes par l’immigration zéro et la rétromigration maximale de ceux qui en ont d’autres. Dans ce but, nous laisserons toutefois le comptage d’ancêtres à ceux qui ne conçoivent la retromigration des 15 millions de citoyens français allogènes que par la force. En effet, dès lors que leur retour repose sur un contrat entre un Etat européen, une famille candidate et un Etat cible, nul besoin de disséquer son ascendance : certains Etats cible le feront peut-être pour les cas litigieux, mais pas nous. Et dans cette opération de marchandage, plutôt que de compter les gènes, nous ferions mieux de compter les sous.

Fragile fleur de Loys

Dès lors que l’ethnogenèse atteint le niveau de profondeur qui la rend véridique, on perçoit à quel point le projet de la révolution soi-disant française, était et demeure un viol profond de toute la réalité européenne, la plus locale et la plus globale aussi.

Quand Clovis fonda son royaume dans les décombres de l’empire romain, il prit les Gens tels qu’ils étaient, sur la Terre comme au Ciel. Au contraire, les « républicains » n’ont jamais eu d’autre souci que de démolir leur personnalité, envoyant même leurs colonnes infernales les massacrer si leurs décrets n’y suffisaient pas. Aujourd’hui, quand j’entends des Bretons ou des Alsaciens dirent qu’ils ne sont pas Français, mon cœur saigne comme celui de Vendée. Des ignobles ont anéanti le plus beau royaume d’Europe, à ce point que ses souches ne veulent même plus entendre son nom.

La nature même de ces quatre souches pourrait entraîner la séparation des régions où elles ont leur maximum respectif, et elle survînt d’ailleurs a plusieurs reprises. La France serait-donc purement artificielle ? Comment justifie-t-on l’union de Bretons et de Provençaux, d’Alsaciens et de Basques, dans un même royaume ? Par l’acquiescement à la volonté d’un homme, de sa famille et de sa tribu : celui qui, par élection solennelle des chefs de nos souches et l’onction sainte de nos évêques, tient la Fleur de Loys entre ses mains.

Cette fragilité du Peuple du Lys sera comparée à la robustesse du Peuple de l’Aigle, deux réalités que masquaient nos apparences au 18e siècle. Quand Voltaire disait que le Saint Empire Romain n’était ni saint, ni romain, ni un empire, il s’attaquait à la cause historique de l’unité de la Germanie continentale, qui la responsabilisait. Le petit singe du roi de Prusse se moquait aussi des Francs, mais avec l’effet inverse. Si l’on enlève à la Germanie cette cause-là, il reste des Germains dont la compacité fut et reste la force, qui leur permît de résister à Rome et qui fit toujours défaut aux Celtes dispersés par leur énergie débordante. Mais si l’on fait de même avec la cause de la France, il n’y a plus de Français, mais seulement des Européens dans des régions, voire des pays, sans destin commun, ou un autre. Faute d’autorité centrale brassant judicieusement – judiciairement en fait – les influences, le Sud-Ouest serait espagnol, le Sud-Est suisse et le Nord-Est allemand : ainsi pensait Montesquieu, sauf qu’il n’a jamais méprisé les Francs, flèche de notre destin commun. Briser la triple pointe de l’angon et il n’y a plus d’autre destin que la chute.

A trop opposer un peuple qu’on dit artificiel au peuple que Fichte proclamait originel, on peut finir par oublier que l’Art et la Nature ne s’opposent pas à l’Origine … Qui a jamais cru qu’aucune nation européenne voulait faire de ses colonies de vraies régions « comme vous et moi » ? Imaginez-vous le successeur de Charlemagne inclure des tribus musulmanes dans son royaume ? Pensez-vous que Charles X, en envoyant ses soldats cingler les barbaresques, voulait rattacher le Maghreb à la France ? Oserais-je parler des Antilles ? Il faut être bien niaiseux pour imputer un tel dessein contre-nature à un souverain européen ! Du reste, même le Québec, malgré ses souches françaises atlantiques, aurait finalement pris son indépendance, parce qu’il est dans la nature des choses que la séparation physique, en rompant l’endogamie, entraîne à terme la divergence des destins nationauxle cas d’école étant Islande/Norvège. Seul réconfort : la fleur de lys aurait peut-être été mise au rancart si le détachement du Québec s’était faîte contre le roi de France et non malgré lui. Quoi qu’il en soit, je tiens les Québécois pour mes proches cousins, bien qu’ils ne soient pas citoyens français et que cela me convienne, mais je ne regarde toujours pas ainsi, ni les Créoles en leur lieu, ni nos envahisseurs dans le nôtre, bien qu’ils soient citoyens français et que cela ne me convienne pas. Cousins, nous le sommes, mais au même degré que les Japonais, et encore …

Du reste, ce n’est pas cela qu’ils demandent : être des Européens « comme vous et moi « . Le fait est que les Créoles n’ont pas dépassé l’esclavage qui a mené leurs ancêtres où ils sont, et faute de pouvoir rentrer en Afrique en renvoyant trois chromosomes en Europe, ils ne surmonteront cela que par leur indépendance, comme les autres peuples dans le même cas. Quant à nos envahisseurs, ils nous remplacent, qu’ils le veuillent ou non. Et n’ayant jamais eu intention de « faire nation » avec nous, pas plus que nous d’en refaire une avec eux, l’Afrance se fait contre nous le plus naturellement du monde. Car la nation est un nœud d’endogamie, vertical et/ou horizontal. Vous sentez-vous d’épouser la fille du calife ? Sachez que vos ancêtres du VIe siècle rêvaient d’épouser la fille d’un soldat franc et que la plus frénétique reine des Francs était la fille d’un modeste Gaulois.

A moins que ma vie et celle de ma famille soit en jeu, je ne résisterais pas à la volonté finale, ou plutôt à l’abandon final de toute volonté, de la majorité des Français. En fouillant les archives de cette Histoire qui est aussi celle de mes ancêtres, j’ai appris ceci : les nations naissent, vivent et meurent, elles aussi. Aucune nation n’est éternelle, pas même celle que l’Eternel a faite sienne pour garder sa Loi jusqu’à la fin des Temps. Avec moi, le chantage patriotique ne prendra pas, ni une certaine idée de la France, aucune illusion d’éternité nationale ne jouera, aucun appel à la providence. Je ne veux pas de l’Afrance, et si mes compatriotes la veulent, elle se fera sans moi. Et pour l’empêcher alors, je n’irais pas plus flinguer des êtres drogués de vide à l’Hospice de la Stroumpfette que je n’irais me flinguer devant le Grand Autel de Notre Dame. Cette fois-ci, non seulement il n’y aura toujours pas de Valmy, mais il n’y aura pas non plus de Vendée. Car il ne s’agit pas de faire reconnaître à la république un génocide vendéen – quelle idée dégoûtante ! -, mais de mettre ce Sacré Cœur sur le nôtre. Et si le Peuple de France préfère encore Marianne au cœur du Fils de Marie, SACER ESTO !

Surgit un aigle noir

Ce que nous apprend Hegel, c’est que la synthèse n’est pas une position intermédiaire entre une thèse et une antithèse, mais une position supérieure qui les unit au mieux.

A me lire, certains pourraient penser que je me contente d’opérer un virage « ethnique » sur la conception de la nation, la notre en particulier, dont nous a gratifié l’intelligentsia française post-révolutionnaire. Or la thèse française n’est que celle de la révolution et la thèse völkisch n’est que la réaction au viol de toute l’Europe par cette même révolution. Et les deux étant radicalement fausses, je ne peux pas les réunir. La Germanie n’existe pas potentiellement depuis l’origine des temps, pas plus que la France n’existe actuellement parce que certains Français saignèrent solennellement le REX FRANCORUM et rameutèrent les gens du monde entier pour faire de même avec leurs propres « tyrans ».

Nos deux nations, comme « Collection de Gens », ont pour cause la Geste des Francs, qui y consommèrent leur existence propre, et telle est notre Réalité commune primordiale. Au commencement, Clovis crée le Royaume ; puis Charlemagne en fait tout un Empire ; Hugues et Othon viennent enfin, et Royaume et Empire coexistent séparément. Mais Othon le Saxon revendique justement et assure fort dignement la succession impériale de Charles le Franc, et ce n’est pas Philippe Auguste qui, plus tard, en nommant son fils Louis, tout en répandant le titre REX FRANCIAE – sémantiquement incorrect pour un Romain mais sensé à l’ère féodale -, aurait oublié qu’il succédait bien à Clovis royalement.

Est-ce à dire que Vercingétorix le Celte et Arminius le Germain, dont les Gestes sont bien antérieures, n’aient aucune place dans nos deux ethnogenèses ? Certes non, mais leur place doit être jugée à l’aune de la dialectique dans laquelle elle s’inscrivait. Or elle était fausse, et intentionnellement : la statue de Vercingétorix était érigée ici pour oblitérer la figure de Clovis, qui apparaissait au mieux comme une réplique aussi chevelue mais dont on taisait la germanité, et au pire comme ce barbare à re-éduquer  ; le culte d’Arminius était érigé outre-Rhin pour narguer la France – il avait réussi là où Vercingetorix avait échoué -, mais couplé avec la promotion du seul Othon et de son sacré saint empire, cela entraînait une occultation de la figure de Charlemagne. Tandis qu’une dialectique doit construire une représentation significative de la réalité, celles-la occultaient la réalité même. Du fait de la révolution et de la réaction, Clovis était maintenant trop germain pour les Welsches en chaleur et Charlemagne redevenait trop romain pour les Thiesches en douleur.

D’ou la seconde strophe du magnifique poème de Körner qui contient tout ce ressentiment : Hinter uns, im Graun der Nächte / liegt die Schande, liegt die Schmach / liegt der Frevel fremder Knechte / der die deutsche Eiche brach. Ainsi, la résistance de la Prusse humiliée à Napoléon est une réplique de la résistance de Widukind à Charlemagne, ravivant « le crime des larbins étrangers, qui abattit le chêne thièsche« . Dont acte ! Mais un Européen en pleine conscience de soi – De Gaulle et Adenauer ne l’étaient-ils pas ? – devrait dire aux Welsches comme aux Thiesches qu’il leur faut non seulement surmonter leur chaleur et leur douleur vengeresse mais qu’ils doivent le faire ensemble.

Pour échapper à la bêtise collective qui les défait depuis deux siècles, les Français devraient accepter ces quatre faits : qu’il leur serait malvenu d’invoquer une celtitude distinctive contre les autres nations européennes ; que ce sont bien les Francs qui tracèrent et défendirent ses frontières de la France ; que le gros de l’ancestralité franque se situe en Hollande, Belgique et Franconie ; mais que les marqueurs agnatiques du stock germanique français sont entre 20% et 30%, les Francs n’y faisant pas nécessairement la majorité ancestrale, car il contient aussi Alamans, Burgondes et Scandinaves.

Les Allemands, quant à eux, ont finalement compris, dans la douleur, que l’Allemagne ne pouvait se penser, ni comme totalement germanique, ni comme le total germanique. Mais comment mieux nous le dire qu’en nous remémorant la Bulle d’Or de Charles de Luxembourg : les trois électeurs ecclésiastiques sont respectivement chanceliers pour la Germanie et (quasi-virtuellement) pour les Gaules et l’Italie, tandis que le premier des quatre électeurs laïques est le roi de Bohème devant le duc de Saxe. Il me semble que cela ne justifie pas l’invasion de l’Allemagne par les « Gaulois », les Italiens ou les Tchèques, et Charles IV ne visait pas plus l’inverse, lui le meilleur allié de son neveu Charles V de France. L’Allemagne contient bien le plus gros stock germanique vu ses 80 millions d’habitants mais la source reste en Scandinavie et il y a aussi en elle de l’ascendance celtique et slave et un certain esprit baroque venant d’Italie. Accepter le caractère continental de sa germanité justifie que d’autres peuples germaniques ne s’unissent pas en elle au risque d’y engloutir leur propre caractère – plus maritime. Et elle aurait bien tout pour promouvoir le caractère central de son européanité, comme aucune autre grande nation européenne. La Bohème le pourrait aussi, mais elle est toute petite, la nation slave enchantée que fusillait Hitler et ses bourreaux, tandis que Charles IV avait vécu en elle en faisant de Prague sa capitale personnelle et ce magnifique joyau européen.

La contrition, encore à faire ou déjà faite, suffira-t-elle à la justice ? La punition des bêtes pour leur bêtise, c’est leur déclin bi-séculaire par l’accélération de leurs défaites, et la fosse sceptique s’ils refusent l’ultime exorcisme qui leur est proposé. La punition des méchants pour leur bestialité, c’est, outre Berlin rasé et les Allemandes violées en 1945, l’impossibilité toujours actuelle d’oublier le gigantesque amoncellement de cadavres qui récompense l’enrôlement de la seule beauté furieuse contre tout le reste de la Moralité humaine, au service de la violation de tous les articles du Droit universel.

Ainsi prononce le Tribunal de l’Histoire : nous sommes des animaux raisonnables, et tel est le premier jugement synthétique qui déboute les deux parties criminelles de ce procès bi-séculaire opposant la conjuration des bêtes à la horde de ceux qu’ils rendirent méchants ; l’Humanité est une et diverse en soi, et tel est le second, portant sur l’humanité en tant qu’espèce, connexe au premier qui la regarde comme ensemble de personnes. La Révolution initiale et la Réaction finale violèrent notre Humanité : l’une viola tant notre animalité personnelle que notre diversité collective sur l’air de la raison ; l’autre viola tout à la fois notre raison personnelle et l’unité de notre espèce sur l’air d’une chanson.

Maintenant, notre mouvement est l’ultime chance d’une Réaction saine à cette Révolution malsaine, et telle est l’énorme difficulté à surmonter, spécialement en France. Si j’avais un seul poème à promouvoir pour réveiller l’esprit de notre résistance européenne commune à la prédiction de notre anéantissement commun, je prendrais la première strophe du texte de Körner, et même – bâton pour me faire battre – la version chantée du film Kolberg, l’ultime production commanditée par Goebbels, plutôt que d’autres. Dans mon esprit, « la révolution est fixée » à la bêtise « qui l’a commencée, elle est achevée ». Mais dans mon âme, les vers de Körner font résonner une douleur qu’aucune logique ne peut surmonter. Et je ne jetterais pas le bébé germanique avec l’eau du bain hématique, considérant que la moitié des choses qui m’émeuvent a été produit Outre-Rhin, et qu’elles ne sortent pas de l’esprit mais de l’âme. Les idées de Kant ou de Hegel, l’intellect finit par les juger froidement. Mais ce qu’ont pu éprouver sensiblement Baudelaire, Barbara ou « ma pomme », qui le jugera ? Si ce n’était que la raison commune que heurte ce grand remplacement, il suffirait de nous le dire prosaïquement, mais c’est mon âme incarnée qu’il viole, et ce chant-là y réagit pour moi. “It is as it is !”

Dynamique du mythe

Nous avons vu quatre manières de définir le peuple français comme nation : juridico-politique par la « collection » solennelle de pays/régions avec tous leurs gens ; historique, car se faisant par allégeance aux trois dynasties franques (hors Savoie et Nice) ; civilisationnelle, car la tribu des Francs joua en elle et pour elle le rôle protecteur prévu par le schéma tri-fonctionnel indo-européen ; anthropologique, par son rattachement aux quatre souches ouest-européennes (y compris Savoie et Nice) dont elle est l’hybridation fondatrice . Mais ces quatre manières ne s’opposent pas : elles forment au contraire un tout connexe dans ses dimensions, une Conception de Nous dans et pour le Monde.

Et c’est bien aussi une vision « identitaire », comme on dit : voilà ce que nous sommes, et comment. Toutefois, les trois niveaux d’identités identifiés par les identitaires n’y sont pas indépendants : l’« européanité » n’est pas un plus ni la « nationalité » un moins. Nos régions françaises sont déjà européennes en soi, et la nation française éventuellement restaurée n’aurait pas d’autre existence qu’européenne – sans empêcher aucunement des influences extra-européennes. Or, vu ainsi, c’est bien l’européanité que violait la « grande nation » de 1789 en voulant départir les pays et régions de France qui la réalisait différentiellement, encore l’européanité qu’elle injuriait en reniant les Francs et en partant violer la Germanie, et toujours l’europénaité qu’anéantit l’ultime version de cet immonde mariânerie, qui fait envahir les moindres recoins desdits pays par des Africains !

Mais quel serait le sens de tout cela, s’il devait y en avoir un ? En premier, écartons ces ethnogenèses « mitées » qui ne signifient que la guerre, en nous et hors de nous. Chassons les mythes néfastes à coup de naphtaline dialectique !

Quiconque est attaché à la culture celtique ne peut que refuser par deux fois la ridicule gallolatrie inventée par ici au 19e. La référence celtique ne nous oppose à aucune autre nation ouest-européenne : elle nous unit à toutes. Même la Scandinavie : le développement des Saga en Islande, pour citer ce seul exemple, est congruent avec l’embarquement d’Irlandaises dans l’aventure. Et surtout, Rome a défait 80% du monde celtique et cette défaite a justement son épicentre au centre de la Gaule !

Défaite magistrale s’il en fut, et cependant, nul ne fera gober à des Basques, à des Alsaciens et à des Bretons qu’ils sont des Latins – même après avoir défini cette Latinité-là sans se tordre de rire ou s’arracher les cheveux. Ils incarnent au contraire, chacun « dans leur coin », la plus grande résistance à la dévastation temporelle et spirituelle de toute romanisation imposée, sans parler de la dissolution ethnique qui en est la fin, bien qu’elle n’en fut pas la finalité. Et si l’on veut bien, à l’inverse, qu’un Provençal se la joue à la romaine, on préférait qu’il le fasse avec le recul critique de Camille Julian plutôt que sans douter de rien comme Charles Maurras …

Car le mythe gallo-romain est bien la plus ridicule invention forgée pour nier la défaite du Monde celtique par Rome, à coup de publicité pour les thermes, cirques, aqueducs et voies pavées. Elle vise à occulter que ceux qui arrêtèrent la dépersonnalisation massive furent les Germains, tous les Germains et rien que les Germains. Et ils y parvinrent en trichant contractuellement avec Rome, la prenant ainsi à son propre piège. Cela commence avec Arminus qui fait semblant d’être romain pour estourbir à Teutoburg toute une légion d’Auguste regardé comme un nouveau Romulus ; et cela se termine quatre siècles après avec Odoacre qui dépose Romulus Augustule, mais gentiment parce qu’il le trouve « trognon », et pour finir avec cette ultime supercherie : faire passer la chute en douceur de l’empire romain de l’Ouest pour une allégeance au César de Byzance !

Die Täuschung des Deutschtums, la trompitude de germanitude, mériterait un monument aussi éminent que le Walhalla de Louis I de Bavière ou le Reichtag de Guillaume II. Et ce temple, financé par souscription européenne et dédicacé « dem taüschen Volke », serait encore romain – donc grec … Car la victoire des Germains sur et dans l’Empire Romain annule logiquement la défaite du Monde celtique par Rome au nom de toute l’Europe de l’Ouest ; mais cette annulation de l’annulation – Hegel oblige – n’est pas telle que l’on revienne réellement au point de départ. Les Germains prirent le meilleur de Rome et laissèrent le reste. Et ils le décidèrent alors que les Celtes l’avaient subi. Ainsi, Clovis prend les insignes consulaires envoyés par Byzance mais garde ses cheveux. Charlemagne accepte (en rouspétant) la couronne que lui impose le pape, mais vous lisez ici et maintenant des minuscules carolines et non les seules MAJUSCULES encombrantes de l’alphabet latin. Les Germains prirent Rome pour en tirer quelque chose, contrairement à Brennus huit siècles plus tôt alors que les Celtes dominaient l’Europe. On peut ne pas aimer Rome, et se méfier de Rome jusqu’à se défier de Rome, mais il ne faut surtout pas se méprendre sur Rome et mépriser Rome.

Quelque chose du même genre a eu lieu à l’Est, avec sa spécificité. Les Celtes sont ici remplacés par les Slaves, Rome par Byzance, et les Germains par les seuls Varègues. Et ce n’est qu’une petite poignée qui fondirent la Russie de Kiev en plein Monde Slave sans que n’intervienne Byzance, qui ne fut pas défaite par ces Rous mais par les Turcs. De plus, l’Empire de la nouvelle Rome n’avait pas tous les défauts de l’ancien : la centralisation y était encore plus démentielle, mais la lourde fiscalité n’y était pas délirante et consommée en pure perte pour tenir des frontières intenables. Contrairement à Rome, Constantinople était un bien joli monstre … Et Moscou, son ultime héritière temporelle, est autrement plus grandiose qu’Aix-la-Chapelle, la petite boutique romano-germanique de Karl des Grosse que nous préférons toutefois ainsi, et finalement plus recommandable que Bruxelles, la friteuse qui empoisonne toute l’Europe avec ses directives huileuses.

La dynamique d’un mythe faste permet de surmonter en vérité la défaite dissimulée par les mythes néfastes qui nous sont tombés sur la tête, et nous laissent assommés par terre. C’est ainsi qu’au 12e siècle, les Plantagenêt ressuscitent intelligemment Arthur, figure de résistance aux Saxons, une fois sa tombe opportunément découverte à Glastonbury. On peut y voir une opération de propagande plutôt douteuse pour justifier la spoliation des susdits Saxons par les Normands. Mais ce mythe a doté finalement toute la Grande-Bretagne d’une solide culture commune supérieure à celles des autres grandes nations – les petites n’en ayant pas besoin. Un bijou baroque s’il en est, une pimpante musique pleine de vie et d’espoir, une mélodie du bonheur, à laquelle Purcell fit honneur.

A cette excellente opération mythique, danse atlantique et mélopée celtique, mais qui tient encore de Rome sans le savoir, on opposera, une dernière fois, les deux catastrophes humaines que furent l’invention de la « grande nation » auto-générée et le contre-poison violent que fut l’invention de cette grande « race des saigneurs » engendrée depuis les origines.

« Une nation est une âme, un principe spirituel. […] L’une est dans le passé, l’autre dans le présent. L’une est la possession en commun d’un riche legs de souvenirs ; l’autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l’héritage qu’on a reçu indivis. ». Ce verbiage de Renan relève du non-sens. Une nation n’est pas une âme et n’a pas d’âme non plus : la Nation est un certain Nous persistant sur cette Terre pour un Temps ; chacun d’entre-nous a (peut-être) une âme qui vivra au-delà mais pas la Nation. De plus, il n’y a pas proprement de legs dans cette affaire, supposant la mort d’une personne. Le Nous dont il s’agit n’est pas (encore) mort : il n’est pas autre que celui de nos ancêtres : il s’agit du même Nous, et c’est de Nous-mêmes dont il s’agit. Inversement, « l’héritage » de ce Nous mute en permanence, cette mutation signe sa vitalité, et nos inventions prouvent que Nous ne sommes pas morts. C’est ainsi que tout aura été inversé dans cette définition de la nation par Renan, devenu un club de souvenirs qu’On a reçu indivis. Et cette nation indéfinie, ce seront finalement les Maghrébins qui font visiter le Louvre, le Château de Versailles et la Basilique Saint-Denis, mais ce ne sera pas Nous.

Et ça continue ! « L’homme n’est esclave ni de sa race, ni de sa langue, ni de sa religion, ni du cours des fleuves, ni de la direction des chaînes de montagnes. Une grande agrégation d’hommes, saine d’esprit et chaude de cœur, crée une conscience morale qui s’appelle une nation. » De la première affirmation, j’induis que la liberté de l’homme ne manifestera aussi bien dans la liquidation de la race, de la langue et de la religion, en lui et hors de lui, chaque fois qu’il s’y frottera, et dans l’ignorance des fleuves, des montagnes et pourquoi pas des océans, donc de toute contingence terrestre, chaque fois qu’il en rencontrera. Et la seconde proposition nous invite à nous associer dans une chose que Renan appelle une nation, mais où je verrais plutôt une chorale ou un club de pétanque, et sinon quelque église de substitution. La nation de Renan est n’importe quoi sauf que l’on appelle une nation ! 

La seule vérité négative à induire laborieusement de Renan est que si le logos fondateur d’une nation est massivement rejeté par ses membres, elle disparaît en tant que nation, de manière plus ou moins chaotique, dans une « destruction de tous les instants ». Pour le reste, la nation de Renan n’a pas de fondateur, pas de frontières et pas d’ancêtres, ce qui est un peu embêtant, pour une nation. Il faut donc au moins lui trouver quelque chose à faire. Et l’on sait ce que la néo-nation française s’était trouvé comme projet national : agresser une Germanie apparemment affaiblie par sa constitution féodale pulvérisée, en pensant ainsi maximiser ses chances de gagner, et plus profondément, poursuivre en grand outre-Rhin l’ignoble projet anti-germanique commencé en deçà.

Contre Renan, on dira que le seul projet spécifiquement national est celui de protéger ses frontières, et non d’aller éventrer ses voisins pour leur apporter la liberté, prétexte qui masque le pillage de l’Europe, mis en œuvre de main de maître par Napoléon. Mais, vu au mieux, ce n’était pas un projet national (conservateur) mais un projet de fondation (créateur) de quelque nouvelle nation. Soit un projet délirant, vu que toutes les nations impliquées malgré elles, existaient déjà de quelque manière depuis longtemps.

Contrairement au projet de ce Charlatan, celui des Carolingiens avait une nécessité conservatrice, même s’il en résulta une extension temporaire de frontières du REGNUM FRANCORUM, et finalement,  par « césarienne », la nation des Germains continentaux. C’est une chrétienté mortellement agressée que défendaient les Carolingiens : agressée de tous les cotés et même minée dans sa « tour de contrôle » spirituel qu’était Rome ! Mais quoi donc était mortellement agressé pour que Bonaparte s’affuble des abeilles de Childéric comme pour mettre entre parenthèses les 13 siècles de l’œuvre de son Fils ou pour qu’il pose lui-même sur sa « Tête de Maure » la Couronne de Charlemagne au détriment de son légitime détenteur François II ? On se le demande encore ! Dites-moi ce que Napoléon a sauvé ?  Dites-moi ce qu’il a fondé ? – qui n’existait pas avant la révolution, s’entend. La Banque de France ! Cela repousse loin le return on investment et le bilan serait plutôt much blood about nothing. Le seul projet national auquel la Révolution et son Prophète aient magistralement contribué est celui d’une Allemagne méchante, dont la raison sociale sera de se venger de la France ! Et pour ça, ce fut une belle réussite … Mais là encore, ça fait cher le Poème.

La définition par Renan d’une nation entérine tous les délires, passés, présents et à venir ! Il prétendait l’opposer à la conception allemande de son époque qui soutenait la capture de l’Alsace-Moselle, sauf que le projet nazi devait s’avérer finalement la plus grande incarnation hystérique d’une société réduite à la nation, projetant de tout dévaster pour cette seule raison sociale, vivifiée par ce « hurlement de tous les instants » : Sieg Heil ! Donc, non seulement n’importe qui n’est pas admis à s’affilier à une nation sous prétexte qu’il adhère à quelque « projet » fumeux ou fumant, mais le seul projet national d’une nation formée est de garder ses frontières, ni plus, ni moinsNi lutte des classes, ni lutte des races, ni les deux ensembles : il n’y a rien de tout cela dans l’essence de l’Europe, mais l’acception différentielle, en son temps et en ses lieux, dans le corps ou l’esprit de ses Gens, de quelque chose de Celtique, quelque chose de Romain et quelque chose de Germanique.

Destin d’un monde

Aujourd’hui même, c’est bien à un enjeu carolingien que toute l’Europe est confrontée. Les Vikings et les Saxons ne sont plus en cause, ni les Hongrois, qui ont tous contracté intimement avec l’Europe sur la Terre comme au Ciel. Mais les Sarrasins, eux, ont pris du poil de la bête et leur tactique est inouïe. Car je ne peux pas vouloir faire la guerre aux ventres de leurs femmes. Certes, je ne sais pas s’ils ne prendront pas un jour les armes avec quelque soutien extérieur, mais je sais que je ne me réjouis pas d’avance de lever le glaive. Et je sais aussi que ce n’est pas la question du jour.

Au regard de cette France déjà faite depuis longtemps, les Français d’aujourd’hui n’ont qu’un seul choix historique : la restaurer telle qu’elle fût ci-devant ou la défaire plus avant. Il faut de quelque manière « rebourboniser » la France – et si la race de Robert et Hugues était perdue au-delà des Pyrénées, la branche de Parme y pourvoirait. Car le Gardien légitime de la Cape du Saint de Tours est l’héritier nécessaire, le premier Fils de France, et notre Frère aîné. Des quatre coins de France et de Navarre, rassemblons nos familles européennes essentiellement diverses autour de cette lignée européenne essentiellement commune. Et que ceux qui répugnent à cette allégeance au REX FRANCORUM – serait-ce un « hommage » purement symbolique tel celui de la Russie restaurée aux Romanov –  s’en aillent, les uns au Diable en emportant avec eux les 36 000 bustes de sa Fille et Fiancée, et les autres vers la Terre de leurs Ancêtres avec ce Croissant qui signe le Crépuscule de nos Aïeux. D’aucuns seront bannis, d’autres raccompagnés ; car il n’y a jamais eu d’histoire plus douloureuse que celle de Marianne et de son Mohammed : voilà comment le Prince conclurait la pièce si jamais nous réussissons

Quant à nos Germains cousins, auxquels je m’adresserais comme à toute l’Europe dans son centre de gravité, je n’ai que trois mots à leur dire, ceux de ce beau nom : Antonia von Lothringen. Que sa croix nous rassemble, que le martyre de cette gracieuse Reine, auguste Fille de l’Empereur, digne Epouse du Roi, vaillante Mère du Dauphin, révèle la folie de Valmy et restaure le Pacte de Verdun. Que la co-nnaissance de nos deux peuples soit proclamée au cœur de l’Europe et à la face du Monde. Qu’au jour de la Saint-Martin, patron de ce Destin de l’Atlantique à l’Oural, un fils du Royaume et un fils de l’Empire, épaule contre épaule, viennent d’une seule main incliner Durandal devant le triomphe de notre rédempteur : IESUS NAZARENUS REX IUDAEORUM. Que la plaie se referme sous l’arme qui l’a ouverte. Que sonnent les claires fanfares et que les bannières du Lys et de l’Aigle flottent devant nous, de l’Ile de France à la Franconie, entre Paris et Nuremberg, là où la cohorte de nos morts surgit de l’ombre pour tendre la main aux vivants d’Europe, au plein mitan de l’Automne : à Verdun.

Car notre destin est de nous réconcilier avec Nous-mêmes, avec le Nous européen, avec le Nous du monde même, et sinon de périr par la dissolution de ce Nous. Et ces trois réconciliations salvatrices sont bien une seule et même cause : c’est parce que nous voulons rester Européens dans le corps que nous voulons la rétromigration maximale de ceux qui ne le sont pas, mais c’est parce que nous voulons être Européens dans l’esprit que nous la voulons en Paix avec le Monde.

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23 commentaires pour La Souche est dans le Coin

  1. Imperial W. dit :

    Splendide et remarquable article Chilbaric, à faire tourner impérativement.
    Sois plus audacieux et moins modeste sur fdesouche, fais plus de publicité à ton blog qu’un simple hyperlien dans ton pseudo 😉
    IW

    • Chilbaric dit :

      Imperial Wisiteur, qui passe dans le Coin, Salut !
      En fait, tu as bien dû tomber sur le seul commentaire où je ne faisais pas de la pub directe pour un article de ma boutique 😉
      Quant à la modestie, vois toi-même. Après ton commentaire et ton reblog, j’ai bien envie de dire, en transposant éhontément Wagner : celui que j’aurais touché une seule seconde avec ma musique, il ne m’oubliera jamais ….
      Mais pour l’audace, tu as raison. Je manque sans doute d’ambition personnelle sur tous ces sujets brûlants. C’est que je n’aurais jamais crû devoir consommer autant de temps à chanter, sur tous les tons, à des Gens qu’il vont disparaître s’ils se laissent faire, alors qu’ils s’en foutent !
      C’est tellement con, tout ça !

      • Imperial W. dit :

        Ton érudition sur ce sujet de « nos » Gens est exceptionnelle, large et profonde, elle force le respect et l’humilité. Je vais tenter, à ma modeste échelle, de diffuser le plus possible tes articles.

        Quant à ton ambition, tu satisfais déjà celle, fort louable, d’avoir édifié et d’entretenir un blog de grande tenue. Je tiens à te remercier pour cette somme, cet immense travail qui est un don de soi par amour de ce qui nous dépasse individuellement.

        Amitiés patriotes,
        IW

  2. Imperial W. dit :

    A reblogué ceci sur Imperial W.et a ajouté:
    Splendide et remarquable article de Chilbaric, à faire tourner impérativement.

  3. Anna-Lise dit :

    Comme c’est beau !

  4. sventevith dit :

    Texte sur-abondant en informations historiques et très instructif, et qui comme le dit Imperial W. force le respect….
    Je m’étais juré voilà déjà quelques temps d’approfondir ce blog au concept alléchant, je m’y attelle enfin!

    • Chilbaric dit :

      Re-bienvenue à vous, alors !
      Texte un peu long aussi, mais je ne sais pas faire autrement …
      J’ai récapitulé les questions récurrentes sur fdesouche
      Et vous aurez compris que c’est la conclusion pratique que je cherche à promouvoir …

  5. Vincent Versé dit :

    Chilbaric … vous êtes encore plus génial que moi ! c’est fou ! non plus sérieusement, j’adore ce que vous faites, comme on dit. Travail impeccable, ça fait un bien fou de lire ça de bon matin ! Mille merci et excellente tout ce que vous voudrez 😉

  6. jeanne dit :

    vraiment chapeau pour une telle vision lucide de la situation ….
    Que les dieux vous entendent !
    Au pays de l ‘aigle ,il y a du travail car les Teutons qui trainent leur « péché du siècle dernier » comme un gros sac à dos , plein de tolérance se laissent envahir sans aucune résistance et dans certaines villes ce n’est pas une , mais deux ou trois mosquées qu’on peut bien voir de loin !
    Chez vous , il se dégage de l ‘ espoir ,
    oui ! il faudra bien se décider à lever la tête !

  7. ann dit :

    Quelle vision ! Cet article très long balaie toutes les questions que je me suis longtemps posées sur cette « nation » à laquelle je me suis toujours sentie appartenir de tout mon être, sur le côté extraordinaire de la France, sur ce sentiment inné que nous somme orphelins de notre Roi avec pour corrélation cette nostalgie infinie du XVIIIe siècle – le paradis évanoui – questions multiples pour lesquelles j’avais du mal à rassembler les morceaux du puzzle. Merci infiniment. Quoique partial, votre éclairage est passionnant et lumineux. J’espère que votre pseudo n’est pas le signe que la boucle serait bouclée…

    • Chilbaric dit :

      Merci à vous.
      Pour être franc (sic .), je ne vois pas ce qui nous est arrivé de pire qu’aujourd’hui en tant que peuple. (et j’insiste : en tant que peuple, pas en tant que personnes souffrant la guerre, la faim, etc. )
      Mais jamais, sans ce qui nous arrive (et que je le sache maintenant), je n’aurrais écrit cela ainsi, en essayant de recoller tous les « morceaux du puzzle ».
      Mon pseudo, outre le petit jeu de mot « distanciateur », est peut-être – je glose en direct, parce que vous m’y faites penser ainsi – aussi le signe que tout est ouvert, puisqu’il fait référence au moment qui précédait la fondation, le moment où elle pouvait arriver ou tout autre chose … le moment de la bifurcation du destin.

  8. obama dit :

    Comme le temps est un ami….il colore mon pays….

    Au moins,on sait ou vous vous trouvez,sur le net à écrire des propos aussi délirants que stériles

    • Chilbaric dit :

      Le temps dites-vous ? Parleriez-vous de la saison ?

      Now is the winter of our discontent
      Made glorious summer by this sun of York;
      And all the clouds that lour’d upon our house
      In the deep bosom of the ocean buried.

      Le pays dites vous ?
      Vous confondez peut-être le pays et les paysans.

      La couleur, dites vous ?
      Annoncez la, cette couleur, qu’on en discute ou qu’on la goûte.

      Vous êtes confus, monsieur le peintre …

  9. Quercus dit :

    Merci pour votre prose exceptionnelle. Continuez s’il vous plaît !

  10. Claustaire dit :

    S’il fut un temps où l’union du royaume passa par le ralliement à un Roi, l’union au cours des temps modernes d’une Nation autour d’une idée, d’une volonté commune, d’un idéal voire d’un mythe partagé fut bien plus efficiente encore, et permit de mobiliser jusqu’à la mort des millions de gens correctement « éduqués », instruits sinon endoctrinés au sacrifice individuel au profit d’une Grande Nation éternelle. Comme le prouvent entre 1914 et 1918, par exemple, les sanglants sacrifices consentis de part et d’autre, là à la nation allemande (fût-elle politiquement un empire et non une république) qui venait de se constituer quelques décennies plus tôt, ici, à la Nation et à la République française.

    La référence au Volk allemand (compris comme l’ensemble des peuples ou nations d’expression germanique) au nom duquel le IIIème Reich annexa l’Autriche, les Sudètes, l’Alsace-Moselle, et j’en oublie, n’eut pas à évoquer quelque roi ni royaume, mais quelque chose à la fois de plus ancien et de plus moderne, de plus mythique, donc de « littéralement » fabriqué.

    Nous sommes plus faits de la chair de nos rêves, de nos mythes de référence dont sont forgées nos âmes que de nos institutions politiques ou de nos réalités sociales. [Quand je parle d’âme, j’entends l’esprit d’une culture personnelle ensemencé par une culture collective et incarné dans un organisme biologique, et bien sûr pas l’entité immatérielle qui préexisterait à chacun de nous et irait, après avoir quitté notre dépouille, rejoindre quelque saint Walhalla ou autre Paradis perdu/retrouvé] Nous savons tous vivre sur des identifications diverses, certaines qu’on nous fabrique, d’autres que nous nous construisons nous-mêmes. Les hommes sont moins des souches (si vous tenez à cette métaphore) que des arbres vivants, puisant autant dans leurs racines que dans le ciel changeant dont des esprits venus de loin peuvent ensemencer la ramure.

    Je ne comprends pas que vous ne sembliez pas pouvoir envisager que des individus issus de l’immigration « africaine », qui sont humains comme nous et donc cultivables comme nous, ne puissent pas participer à cette âme collective qu’une Europe laïque et républicaine est en train de forger depuis quelques décennies (pour ne pas dire deux, trois siècles). Jadis, c’est un Africain qui devint un des Pères fondateurs d’une Eglise catholique dont vous faites, me semble-t-il, un parangon de vertu et de civilisation européenne. Ne seriez-vous pas fier d’avoir comme compatriotes certains écrivains « africains » comme Boualem Sansal ?

  11. berdepas dit :

    Je me suis régalé à la lecture de ce morceau d’érudition. De nombreux rappels historiques, bien utiles en ces temps où la perte de repères est devenu la maladie du siècle…

    • Chilbaric dit :

      Comme le suggère l’introduction, ce qui nous arrive est l’occasion dramatique de nous interroger sur ce que nous sommes …. en passe de ne plus être ….

      Mais je ne l’aurais jamais écrit il y a quatre ans ..; parce qu’alors, je ne savais pas réellement « ce qui nous arrive »

      Car voyez-vous, entre être un « peuple européen mentalement défait » par les révolutionnaires et ne plus être un peuple européen du tout grâce à leurs ultimes successeurs, il y a plus qu’une simple affaire de degré …..

      Il y a quatre ans, je ne savais pas que le mot d’ordre la révolution, à savoir « la re-génération », devait s’entendre, finalement, au sens fort, à savoir dans le remplacement d’une nation par une autre, et non pas simplement, dans le remplacement de ce qu’elle a « en tête »

      Mais franchement, j’aurais préféré m’en tenir à la version symbolique de la défaite, qui laissait encore un espoir de renverser la malédiction avant la fin du monde, qu’à la version réelle, à savoir démographique, qui ne nous en laisse aucun, passé la prochaine génération, faute de la réaction adéquate.

  12. Ping : Le Jour d’Après | Retromigration

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